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Cameroun: Les signes de l’austérité

Écrit par  Aboudi Ottou
Christine Lagarde et Paul Biya à Yaoundé Christine Lagarde et Paul Biya à Yaoundé

Contrairement au discours officiel, les mesures restrictives sont déjà contenues dans le budget 2017. Les choses vont d’ailleurs durcir avec le programme d’ajustement à conclure avec FMI.

Le spectre de la dévaluation du franc CFA continue de planer sur les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Face à l’érosion des réserves de change (de 5,5 mois d’importations en 2015 à 2 mois en décembre 2016), les chefs d’Etat de la Cemac, réunis en session extraordinaire le 23 décembre dernier à Yaoundé, ont opté pour plus d’«efforts d’ajustement sur les plans intérieur et extérieur assortis de réformes structurelles adéquates» pour renforcer la stabilité macroéconomique. Cette option place simplement la monnaie communautaire en sursis. En cas d’échec de l’ajustement dont la finalité est de reconstituer les avoirs extérieurs de la communauté, la question de la dévaluation du franc CFA va de nouveau se poser. On l’a vu lors de la crise des années 90 où malgré plusieurs années d’ajustement structurel, le franc CFA a été dévalué en 1994. 

Si les experts ne s’accordent pas sur l’ampleur de la crise actuelle (certains l’estimant comparable à celle des années 90 et d’autres la jugeant moins importante), ils sont tout de même unanimes sur le fait que les efforts de redressement devront être importants au point de nécessiter la conclusion d’un programme d’ajustement avec le Fonds monétaire international (FMI). L’enjeu est de réduire les déficits budgétaires et des comptes courants qui se sont aggravés du fait de la chute du prix du baril de pétrole (d’un prix moyen de 104,1 dollars en 2013, il est tombé à 50,9 dollars en 2015) et de la hausse des dépenses de sécurité. La présidence de la République du Cameroun qui cite le FMI, estime que «le déficit budgétaire régional atteindrait 9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2016 alors qu’il n’était encore que de 1,8 % en 2014, tandis que celui du solde courant de la balance des paiements passerait de 7 % du PIB en 2014 à 14,8 % en 2016». 

 

Singularité

Mais depuis le sommet de Yaoundé, les autorités camerounaises affichent leur opposition à l’austérité : «Le peuple camerounais, qui commence à percevoir le bénéfice des sacrifices qu’il a consentis pendant des années, ne veut pas revenir à l’austérité. Je suis en accord avec lui.», a indiqué Paul Biya lors de son discours à la nation le 31 décembre dernier. De l’analyse de texte fait par son ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), il en ressort que la volonté du président camerounais est de faire en sorte que «le programme que nous allons conclure avec le FMI, en même temps qu’il doit amener le Cameroun à réduire les dépenses, il doit intégrer toutes les actions qui devraient amener notre croissance à continuer de croitre».  

En fait, soutenu par certains experts comme l’ingénieur financier Babissakana, les dirigeants camerounais pensent que le pays n’est pas en crise. «Le Cameroun est relativement à l’aise. Nous continuons à avoir des taux de croissance enviables puisque nous nous situons entre 5 et 6% alors que certains sont à -1, -4, -10%», défend d’ailleurs Louis Paul Motaze. Pour le Minepat, le Cameroun ne serait concerné par la crise actuelle que du fait de son appartenance à l’union monétaire d’Afrique centrale: «les règles de notre union monétaire nous obligent à mettre en commun nos réserves de change. C’est-à-dire qu’elles sont au profit de chacun de nos pays. Or certains Etats avaient complètement épuisé leurs réserves de change et n’ont continué d’importer que parce qu’ils bénéficient de notre solidarité. C’est donc la raison pour laquelle cette crise qui affecte fortement ces pays nous concerne.», a expliqué le 27 janvier dernier Louis Paul Motaze à ses collaborateurs. 

Peu importe la situation particulière du Cameroun, «en optant pour des plans d’ajustement avec le FMI, nos dirigeants ont bel et bien choisi l’austérité plutôt que la relance» estime l’économiste Ngoa Soa dans une tribune libre au Quotidien de l’Economie. Hanté par les plans d’ajustement structurel des années 90, pour beaucoup d’experts camerounais entrer sous programme avec le FMI rime encore avec la baisse des salaires des agents publics, la réduction des effectifs des fonctionnaires, le gel de l’investissement public et autres coupes budgétaires anarchiques.

 

Indices   

Cette inquiétude est renforcée par cette sorte d’omerta qui entoure les négociations en cours avec les institutions de Bretton Woods. Peu d’information filtre en effet sur la première mission conjointe FMI, Banque mondiale et Banque africaine de développement qui vient, à cet effet, de séjourner pendant deux semaines au Cameroun. Du peu qu’on en sait, les dépenses de personnel ne sont pas par exemple exclues des débats. Certes, pour l’instant, ce sont les avantages complémentaires (qui ne concernent qu’une poignée de fonctionnaires nantis) qui sont en ligne de mire mais cela est de nature à fragiliser le discours anti-austérité que tient les autorités camerounaises. Surtout que, avant même que le programme avec le FMI ne soit conclu et que le budget 2017 soit revu pour être en conformité avec ledit programme, des signes de l’austérité y sont déjà perceptibles. Dans ce budget on a en effet d’une part une augmentation des impôts et d’autre part une stagnation des dépenses. 

Avec l’institution d’une taxe de séjour, le rétablissement des taux initiaux de la taxe spéciale sur les produits pétroliers et l’élargissement du champ d’application de la taxe sur les jeux de hasard, la pression fiscale a été relevée. Elle serait passée, selon un responsable du FMI cité par l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique (JA), de 16-17% à 20-22%. Les prévisions de recette fiscale non pétrolière sont ainsi en hausse de 154 milliards francs CFA passant de 1565 milliards en 2016 à 1719 milliards en 2017. Soit une augmentation de près de 10%. Au même moment, les prévisions des dépenses ne progressaient que de 3,3% passant de 4 234,7 milliards FCFA en 2016 à 4 373,8 milliards FCFA cette année. Cette progression avait été de 13% les deux dernières années. Pour justifier cet état de fait, le Premier ministre camerounais expliquait alors en novembre de l’année dernière, lors de la présentation du programme économique, financier, social et culturel du pays, que cela traduisait «le contexte de contrainte qui a présidé à l’élaboration de ce projet de loi de finances». 

La situation inspire moins à la sérénité lorsqu’on sait qu’en 2016 sous l’effet de la crise, le pays avait déjà réduit discrètement son budget de 20%. L’information n’a été révélée qu’en novembre 2016 par Souleymane Coulibaly, l’économiste en chef pour l’Afrique centrale de la Banque mondiale. Depuis Yaoundé n’a pas démenti. En réalité, comme l’a titré JA la semaine dernière, c’est «le temps de l’austérité» en zone Cemac. Mais, chaque pays de la région fournira des efforts à mesure du niveau d’effondrement de son économie (voir tableau). 

 

Aboudi Ottou

 

 

 

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