INTEGRATION

Vous êtes ici : Accueil Panorama Mohamed Ellejmi: «On va s’installer à Douala»
Intgration.jpg Philpa.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-650x91.jpg bandeau.jpg

Mohamed Ellejmi: «On va s’installer à Douala»

Écrit par  Aboudi Ottou,

Après la Côte d’Ivoire, Alpha Engineering International va s’installer au Cameroun dans les prochains jours. Le directeur général de cette entreprise tunisienne, spécialisée dans la fourniture des produits et services dans le domaine des hydrocarbures, explique les motivations de ce choix.

La Tunisie fait partie des pays qui crèvent la balance commerciale du Cameroun. Les échanges entre les deux pays sont déficitaires depuis plusieurs années. En 2015, le Cameroun a importé pour plus de 10 milliards de francs CFA et n’a exporté que pour près de 4 milliards. En organisant du 28 au 29 juin 2017, un forum économique à Yaoundé, les autorités du pays avaient cette réalité à l’esprit. Tout au long de cet évènement, ils se sont donc évertués à inciter les entreprises tunisiennes à s’installer au Cameroun en vue de produire sur place les produits aujourd’hui importés de Tunisie. Avec cette installation, le gouvernement camerounais espère aussi un transfert de savoir-faire. A la sortie de ce forum, Alpha Engineering International a répondu à cet appel. Le directeur général de cette entreprise, spécialisée dans la fourniture des produits et services dans le domaine des hydrocarbures, en donne les raisons.

L’industrie tunisienne des hydrocarbures arrive à capter jusqu’à 80% des ressources. Comment la Tunisie en est-elle arrivée là ? 

En fait la Tunisie a commencé à faire la production pétrolière très tôt, depuis les années 1920 du temps de la colonisation française. Avec le temps, nos cadres ont commencé à comprendre un tout petit peu le jeu des contrats pétroliers. Et très vite, la Tunisie a mis en place un cadre réglementaire pour favoriser le transfert de technologies d’une part, et d’autre part obtenir un partage équitable des revenus du pétrole. 

Cela a pris du temps aux Tunisiens de comprendre que l’investisseur étranger ne ramène que de l’argent en fait et que la technologie est en réalité entre les mains des sociétés de services privés. Ce qui suppose que tout le monde peut acheter la technologie comme tout Américain, Canadien, Français ou tout Italien. De ce fait la composante de transfert de technologies a complètement disparu et les sociétés pétrolières sont devenues un peu plus favorables aux contrats de partage de production à 50%. 

Et sur les 50% des investissements étrangers il y a des redevances, des taxes à payer qui arrivent jusqu’à 30% voire plus. C’est ainsi que nous arrivons à garder 80% des revenus du pétrole dans le pays. Une petite partie des 20% restant est en plus souvent captée par le secteur privé local (sociétés de service managériales, des finances, d’investissement ou d’études stratégiques). 

 

La ressource humaine n’a-t-elle pas aussi favorisé cette évolution ?

Absolument. On a une société nationale qui pousse les sociétés locales à maitriser la technique du pétrole et du Gaz. Cela a permis à plusieurs entreprises privées de travailler dans le secteur, d’acquérir le savoir-faire et là, elles ont introduit une très grande population de cadres, d’ingénieurs, des techniciens qui ont commencé à apprendre comment ça marche. Et vers 2006, il n'y avait plus pratiquement d’opérateurs étrangers sur nos sites pétroliers. 

Maintenant on commence à avoir des sociétés opératrices qui sont en parties tunisiennes et on espère très bientôt avoir des opérateurs, des sociétés d’exploration qui soient 100% tunisiennes pour aller prospecter en dehors de la Tunisie et exploiter des gisements de pétrole et de gaz un peu partout dans le monde. 

Le mot clé dans tout ça c’est la formation. En Tunisie on a pas moins de 3000 cadres qui travaillent dans le secteur pétrolier un peu partout dans le monde parce qu’ils ont une très grande technicité. Vous les trouvez au Qatar, aux Emirats arabes, en Arabie Saoudite, en Malaisie, aux USA, au Canada, en Afrique centrale, en Afrique de l’ouest… Et ces gens-là auront bientôt le potentiel financier pour constituer des sociétés d’exploration et de production qui soient capables de concurrencer même les géants comme Total. 

 

Vous dites que la Tunisie est dans une phase d’exportation de son savoir-faire. Est-ce que c’est ce qui vous emmène au Cameroun ?

Au départ notre stratégie était d’avoir une présence en Afrique du Nord. Maintenant nous voulons accompagner nos clients présents dans cette partie du continent dans les pays de l’Afrique de l’ouest et de l’Afrique centrale. Et c’est aussi l’occasion de transférer le savoir-faire. Je le dis clairement, ce qui s’est passé chez nous est quelque chose d’extraordinaire qu’on aimerait bien voir ailleurs. Nous sommes tous des Africains, nous partageons un continent plein de ressources mais malheureusement nous sommes le continent le plus pauvre.  

On voit des sociétés pétrolières et minières qui viennent ici et prennent tout ce qu’elles trouvent dans le pays mais ne donnent rien. On l’a vu en Tunisie, on est arrivé à le surmonter. On aimerait bien que l’Afrique toute entière le surmonte aussi et pourquoi pas développer demain des géants pétroliers capables d’aller exploiter les ressources américaines, sud-américaines, asiatiques... Donc, bien que l’Afrique ne possède que 14% de réserves mondiales de pétrole et de gaz, les Africains peuvent extérioriser leur savoir-faire et leur sphère d’influence dans le secteur de l’énergie.    

 

Qu’est-ce que vous êtes précisément venu faire au Cameroun ? 

Ça fait un moment que je cherche un point qui serait stratégique pour accéder au marché de l’Afrique centrale. Avant de venir ici, j’ai regardé la carte de l’Afrique et immédiatement le Cameroun saute aux yeux. Déjà, il a une frontière avec le Nigeria qui est l’un des plus grands producteurs africains de pétrole. En plus, il a des frontières avec le Gabon, la Guinée Equatoriale, Congo, le Tchad qui en produisent aussi. Donc son positionnement est vraiment extraordinaire. Par ailleurs le pays a des ports et des points de chargement offshore et onshore de pétrole et de gaz et a un projet de gaz liquéfié. 

La Tunisie a produit beaucoup plus que le Cameroun souvenez-vous, mais le Cameroun a plus de réserves. Donc le futur sera au Cameroun. Et le Cameroun peut aussi devenir la plateforme de service pour le Nigeria, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale. Surtout que pays compte une ressource humaine de qualité. 

 

Vous avez dit plus haut qu’il y avait une possibilité de transfert de technologies et du savoir-faire accumulés par la Tunisie dans l’exploitation des hydrocarbures. Dans quel cadre ce transfert de technologies pourrait-il avoir lieu ?

Pour procéder à un transfert de technologies, on n’y va pas par quatre chemins. Il faut être présent. Il pourrait se transférer dans le cadre des échanges et des partenariats avec le secteur privé. Mais on aimerait bien aussi avoir le soutien du secteur public (la Sonara, la SNH etc.) pour faciliter ces transferts-là.  Parce que le transfert ce n’est pas un cours qu’on donne aux gens, le transfert c’est lorsqu’on travaille ensemble, on met tous les deux la main dans la patte et les gens apprennent par l’exemple. 

Il y a aussi l’aspect formation qui est important pour commencer le processus. C’est bien de faire des formations à la jeunesse camerounaise pour qu’elle rentre dans le processus de transfert de technologies parce que c’est après avoir compris qu’elle peut utiliser le savoir-faire. Nous aimerions bien que la jeunesse camerounaise apprenne main dans la patte et sincèrement nous on se voit d’ici vingt ans soit devenir un opérateur pétrolier soit repartir voir d’autres pays. Parce que d’ici là vos champs pétroliers et gaziers seront opérés à 100% par des Camerounais. 

 

Le gouvernement camerounais souhaite développer des co-entreprises entre les sociétés locales et les sociétés étrangères. Votre entreprise est-elle ouverte à ce type de partenariat ?

Absolument. On ne sait pas encore quel serait le cadre légal. On est en train de regarder toute la législation locale. On va faire le premier pas, on va s’installer à Douala. On va mettre une structure permanente là-bas dès qu’on aura les autorisations nécessaires. On commencera à apprivoiser l’environnement pétrolier et gazier, après on verra. C’est un coup de chance que nous allons essayer. Il se peut qu’après on découvre que ça ne peut pas marcher mais pour le savoir il déjà faut prendre des risques. 

 

Avez-vous déjà une idée du volume d’investissement que vous êtes prêt à réaliser au Cameroun ?

Pas encore. On va commencer par l’industrie du service d’ingénierie. Tout ce qui est formation professionnelle, ça sera le premier pas. En terme de chiffres, ce n’est pas un très grand chiffre au départ mais après quand on commence à parler équipements pétroliers, là ça devient des chiffres conséquents. 

 

Le visa pour venir au Cameroun vous parait coûteux.  Est ce qu’il y a d’autres aspects que le Cameroun devrait améliorer pour attirer les entreprises tunisiennes ?

On ne sait pas encore. Comme je vous ai dit, on va procéder à la création d’une structure permanente locale. Je ne pense pas qu’il y aurait des difficultés insurmontables. J’ai vu qu’il y a beaucoup de sociétés étrangères installées ici donc ça devrait être faisable. Je pense aussi que ça sera facile vu que le gouvernement camerounais est engagé à faciliter l’accès aux investissements étrangers. Si vous me posez cette question l’année prochaine je vous répondrais mieux. 

Mais je pense que maintenant que la Tunisie et le Cameroun veulent s’ouvrir l’un sur l’autre ce n’est pas opportun de garder ce système de visa. Il faudrait qu’il y ait une convention bilatérale entre les deux pays pour améliorer le mouvement de la population du Cameroun vers la Tunisie et vice versa. Il y a tout à gagner rien à perdre. 

Lu 71 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

-01.jpg -02.jpg -03.jpg -04.jpg -05.jpg -06.jpg -07.jpg -08.jpg -09.jpg -10.jpg -11.jpg -12.jpg Deutsche_Welle_Logo.jpg FB_IMG-664x469.jpg Insert-Eneo-Recrute-664x469.jpg Pub p12-664x469.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-664x469.jpg insert-Araucaria-2016-664x469.jpg

Nous contacter

    • Journal Intégration

    • Adresse :

      Quartier Nkomkana, Immeuble Diane

      (face station service Total)

    • BP : 33 266 Yaoundé-Cameroun

    • Tél : +237 676 203 709

              +237 699 931 042

              +237 243 296 303

    • Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

                  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Vous êtes ici : Home Panorama Mohamed Ellejmi: «On va s’installer à Douala»