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Cameroun: Comment sortir des griffes du FMI en 2019

Écrit par  Nti Dieudonné ESSOMBA, Président de l’Ecole Africaine de l’Economie Contemporaine

Des solutions de rupture pour éviter au pays le scénario catastrophe d’un autre ajustement structurel douloureux et sans fin.

Comprendre la situation du pays

La première chose à dire est que contrairement aux autres pays de la Cemac, la situation du Cameroun était considérablement plus dégradée avant la chute des prix du pétrole, celle-ci n’ayant fait que précipiter une situation qui allait arriver de toute façon. Tout d’abord, l’impact des prix du pétrole n’est pas aussi décisif qu’ailleurs pour une raison simple : autant il procure d’importantes recettes, autant le Cameroun en importe massivement pour ses besoins intérieurs qui sont très importants. L’impact du pétrole n’apparait que sous la forme d’un solde entre les exportations et les importations, ce qui est de l’ordre de 400 milliards de FCFA. Contrairement aux autres pays de la Cemac qui vivent aussi des recettes pétrolières, mais n’en importent que très peu compte tenu des besoins plus réduits, la chute des prix n’a pas joué le rôle important qu’on veut lui donner pour justifier notre situation.

Les problèmes du Cameroun viennent des erreurs d’analyse que nous avons tenté désespérément de mettre en évidence depuis 2006, et tous  les Camerounais en sont témoins.

J’ai parlé, j’ai hurlé, je me suis adressé à tous les Camerounais par tous les canaux, en leur disant clairement que la démarche que nous avons conduit tout droit à la crise. J’ai rencontré des ministres de la République dans leur cabinet pour les mettre en garde contre cette politique loufoque et insensée. J’ai fait des correspondances à la plus haute hiérarchie de l’Etat. Et de guerre lasse, j’ai fait une lettre ouverte au chef de l’Etat lui-même et une autre aux Parlementaires. Quand j‘ai annoncé que la situation du Cameroun sera pire que celle de la Grèce, j’ai été interpellé par la Sécurité d’Etat pour d’agitation, et je leur ai donné mes raisons et ce qu’il fallait faire.

Quand on faisait la Vision de 2007 à 2010, les autorités n’étaient pas là. C’était des techniciens. Les mises en garde que je faisais n’intéressaient personne. J’avais proposé qu’on criminalise les importations-poubelles comme en Asie du Sud-est. Les gens m’ont traité d’extrémiste. J’ai vu tous les grands partis politiques et la société civile. J’ai publié un livre, la Monnaie Binaire. 

Qui peut dire au Cameroun qu’il n’était pas informé ? Mais toujours dans la logique du ponce - pilatisme et de bouc-émissarisation, on s’accroche sur l’Etat. Mais l’Etat n’est pas le seul acteur au Cameroun ! D’ailleurs, il ne gère que 25% du PIB et on ne peut pas lui imputer la responsabilité exclusive de ce qui arrive à l’ensemble de l’Economie. L’Etat est un acteur qui ne gère que le quart des ressources, aussi stratégique soit-il. Le mal est en nous-mêmes !

Nous avons joué au petit malin, nous sommes pris dans notre piège, car les lois de l’économie sont implacables. L’équité dans les échanges est une exigence anthropologique qui impose, dans le commerce au sein d’une société libre où personne n’est l’esclave de l’autre, l’égale valeur des biens échangés. Etendue sur le plan international, cette exigence d’égalité se traduit par l’équilibre des comptes extérieurs. 

L’équilibre extérieur doit être respecté de manière absolue, à travers une démarche propre du pays ou sous la pression de ses créanciers: personne ne pouvant vivre indéfiniment aux dépends des autres, le pays qui entreprend de satisfaire sa demande sur le dos du voisin s’expose aux légitimes rebuffades qu’essuie la mendicité au sein d’une Humanité que Dieu n’a pas créé très généreuse. Il est donc important de maîtriser ses équilibres en prenant conscience de leur nécessité, et en ajustant ses besoins, sa stratégie et ses politiques, de manière à éviter de douloureux rappels à l’ordre qui prennent la forme du surendettement, des ajustements structurels et des saisies conservatoires.

Vous ne pouvez donc pas prétendre bâtir un système productif en achetant tout et en ne produisant rien ! Vous ne pouvez pas prétendre développer le pays à coups d’importations - poubelles qui détruisent toute perspective d’industrialisation locale. Le Cameroun est une poubelle gigantesque, où l’Europe vient déverser sa brocante, la Chine sa pacotille, et les autres pays leurs rebus, à l’exemple du riz réservé aux animaux en Thaïlande qu’on vient vendre aux populations urbaines. Bien plus, vous avez un pays dans lequel l’Etat va tordre la main aux menuisiers locaux pour avoir des impôts, et quand il les a obtenus, il va dilapider ces impôts auprès des menuisiers chinois ! C’est absolument hallucinant ! 

Vous avez un pays dans lequel on importe les habits qu’on fabriquait il y a 40 ans, on importe des assiettes que nos ancêtres fabriquaient, on importe des babouches, on importe des balais, on importe des sacs scolaires, on importe tout! Et alors que nos capacités d’exporter plafonnent, les importations explosent, nourries par la scolarisation et l’urbanisation qui tordent le profil de consommation en faveur des biens étrangers, et dopées par un esprit de vanité, d’irresponsabilité et d’orgueil antipatriotique absolument hallucinant. Le Cameroun est le plus gros importateur de vin rouge d’Afrique Noire alors que c’est un pays moyen et il occupe les premières places dans l’importation des biens de luxe parfaitement inutiles de toute l’Afrique ! Par exemple, c’est le pays dont les parkings des Directeurs de l’Administration sont les plus fournis en véhicules de luxe !

Et pendant ce temps, alors que tous les jeunes Camerounais sont impatients de vivre dans le luxe des villes avec les androïdes, personne n’a envie d’aller cultiver le cacao, le café ou le coton qui permettent d’acheter ces androïdes.

Quand un pays sombre dans cette situation appelée «état occlus», il accumule un endettement explosif contre lequel il n’y a absolument rien à faire ! Et il va passer toute sa vie dans l’ajustement structurel.

C’est un système intrinsèquement malade qui ne peut jamais retrouver un état de santé. Jamais ! Autrement dit, nous entrons dans un enfer qui va encore durer de 15 à 25 ans et dont les trois ans du crédit du FMI ne sont que la première séquence, la moins douloureuse. Et qu’aucun Camerounais ne se fasse d’illusion : le CFA sera dévalué, les salaires des agents publics vont baisser, les effectifs de la Fonction Publique seront réduits, les entreprises d’Etat restantes seront privatisées ou liquidées, avec leurs lots de compressés. Les Grands chantiers seront arrêtés, en dehors de ceux directement financés par les étrangers. Les prix des biens de première nécessité vont augmenter et les impôts seront plus durs encore.

Il n’existe aucun mécanisme humain, déjà conçu ou à concevoir, sur terre ou dans un autre lieu de l’univers, qui peut empêcher que les Camerounais vivent cela de leurs yeux au cours des années prochaines ! Aucun ! Il ne sert absolument à rien de se cacher derrière des interprétations magico-religieuses ou derrière des pseudo-assurances données par les bureaucrates du FMI ou les pseudo-économistes opportunistes qui viennent se rabâcher les vieilles recettes qu’on connaît depuis l’indépendance et qui n’ont jamais rien donné : bonne gouvernance, diversification, etc.

 

Les solutions pour sortir de l’ornière

Face à cette situation, on peut se demander ce qu’on peut faire et ce qu’il faut faire. Oui, il y a des solutions. Et même s’il est trop tard pour qu’elles évitent la crise, elles peuvent au moins en réduire les impacts et la durée et surtout mettre définitivement fin à cette spirale sans fin d’ajustement sur ajustement. Ces mesures sont de deux ordres :

-la réforme du dispositif de prise de décision économique

-les mesures de (re)normalisation du système productif

 

I. La réforme générale du dispositif de prise de décision 

L’échec économique d’un système vient d’abord d’un dispositif de prise de décision défectueux. Celui du Cameroun est excessivement politisé et bureaucratisé. Comment comprendre que dans un pays qui vient de sortir de la crise, on a empilé 7 hauts niveaux hiérarchiques sans tenir compte du profil des responsables :

1. Le Président lui-même n’est pas un Economiste ;

2. Le SG de la présidence n’est pas économiste

3. Le Premier Ministre n’est pas Economiste

4. Le SG du Premier Ministre n’est pas Economiste (même si on vient d’en mettre un, mais à quelle heure?)

5. Le Ministre de l’Economie n’est pas économiste

6. Le Ministre délégué à l’Economie n’est pas économiste

7. Le SG du Ministère de l’Economie n’est pas économiste

Quel que soit le cas, une telle hiérarchie ne peut rien donner de bon en termes de résultats économiques ! Techniquement, scientifiquement, anthropologiquement, c’était un dispositif très défectueux pour un pays qui vient de sortir de 20 ans d’ajustement ! Il ne s’agit pas ici de remettre en cause les aptitudes intrinsèques de ces responsables qui auraient été mieux ailleurs, mais ce sont des gens formés dans des corporations fonctionnant avec un état d’esprit différent, et à qui il manque un élément central absolument nécessaire à celui qui décide sur le domaine économique, à savoir la «SENSIBILITE A LA DISSIDENCE.»

La sensibilité à la dissidence est la capacité à porter son attention à des positions marginales ou minoritaires, non pas pour les adopter, mais pour voir en quoi elles peuvent mieux éclairer les positions officielles. Tout politicien qu’il fut, le feu Augustin Kodock représentait le prototype du responsable économiste. Dès qu’il y avait une voie dissidente dans un dossier, il demandait à voir et à rencontrer l’auteur qu’il écoutait attentivement, allant jusqu’à modifier la position majoritaire si un seul l’avait convaincu.

Les autres corps obéissent à des modalités totalement différentes, fondées sur deux logiques également erronées. La première est la tendance à voir la vérité absolue dans des positions majoritaires, comme si la science était un problème de démocratie. Or, en matière économique comme d’ailleurs dans toutes les sciences, les positions majoritaires sont en général fausses, surtout lorsqu’elles viennent des corporations très différentes. Une première raison relève d’un principe scientifique : les positions des gens venant de tous les horizons se basent sur des évidences primaires qui sont précisément aux antipodes de la science. Et la plus grande ennemie de la science est précisément l’évidence.

Une seconde raison est liée aux divers positionnements carriéristes. La majorité des cadres ont tendance à calquer leur position sur celle de leur hiérarchie, à coup de surenchère de zèle d’amour du Ministre dont il faut prouver que les idées vagues relèvent d’un grand génie.

La seconde logique est l’emprise étouffante des instructions hiérarchiques dans l’analyse économique. Quand on soumet un dossier aux techniciens, ce n’est pas pour qu’ils donnent une position technique objective, mais qu’ils confortent à tout prix et à tous les prix les idées de la haute hiérarchie. Les responsables sont totalement incapables de distinguer ce qui relève de la volonté du chef de l’Etat, de ce qui relève de la science économique et contre quoi le chef de l’Etat lui-même ne peut rien.

L’Economie est une science de l’optimisation, autrement dit, de la maximisation d’un objectif, sous contrainte du revenu. Plus vous multipliez les contraintes, plus vous dégradez les objectifs. Vous ne pouvez par exemple pas espérer un taux de croissance à deux chiffres dans un pays aussi petit que le Cameroun, et, qui plus est, ne contrôle ni son système monétaire, ni ses frontières.

Pourtant, quand le chef de l’Etat émet le vœu d’une croissance à deux chiffres, tout le monde se précipite et organise un séminaire, et des programmes pleuvent. Dès lors, il très dangereux de remettre cela en cause !

Je vous le dis pour avoir vécu cela : au palais des Congrès, je me lève et je demande si les gens qui parlent de taux de croissance à deux chiffres ont même conscience de ce qu’ils disent. Face au mutisme, je leur explique qu’avec un tel taux, le Cameroun recrée un autre Cameroun en moins de 6 ans : une nouvelle ville de Yaoundé, une autre de Douala, un autre réseau de chemin de fer, un nouveau réseau de routes bitumées et non bitumées équivalant à celui que nous avons, de nouvelles cacaoyères équivalentes à celles qui existent déjà, etc.

Même si les Camerounais travaillaient de 6 heures du matin jusqu’à minuit, cela n’est pas physiquement possible, le maximum d’un pays comme le Cameroun étant de 8%. Cette explication suscite un formidable tollé ! Comment un ouistiti comme Dieudonné ESSOMBA pouvait remettre en cause ce que le chef de l’Etat lui-même a prescrit? Et je fus expulsé de la salle.

Dans les 7 niveaux hiérarchiques que je viens de décrire, il faut au moins 2 niveaux occupés par des Economistes. Car, eux seuls disposent de par leur formation, de la capacité de distinguer clairement les objectifs politiques du chef de l’Etat de ce qui est économiquement faisable. Cela permettra d’éviter ces errements qui nous ont conduits au bord du gouffre.

A côté de cette réforme qui porte sur les hommes, il faut mettre en place un CONSEIL D’ANALYSE ECONOMIQUE comme celui que la France a créé auprès du Premier Ministre en 1997 et qui rassemble des économistes reconnus de sensibilités diverses. Un tel Conseil est un impératif pour sortir de l’extrême bureaucratisation et de la politisation de la décision économique. Il s’agit de regrouper les grandes tendances idéologiques du Cameroun, auprès du Premier Ministre ou du chef de l’Etat pour porter des conseils de nature stratégique, et rompre définitivement avec des Conseillers Techniques, plombés dans une perception bureautique et perclus par des préoccupations carriéristes, et qui ont tendance à faire plaisir à la hiérarchie au lieu de lui dire la vérité.

 

2. Mesures d’ordre architectural

La seconde mesure fondamentale est la binarisation du CFA, à travers l’émission de la Monnaie -Trésor. La Monnaie-Trésor est une obligation du Trésor à qui l’Etat confère un pouvoir monétaire limité aux biens locaux. Ce nouvel argent qui est en réalité un bon d’achat étendu à tous les biens locaux reprend de manière plus large la logique des bons de carburant.

Il permet d’office et par une décision de l’Etat de régler à sa valeur faciale, exactement comme si c’était le CFA lui-même, tous les biens et services que l’Etat contrôle entièrement ou en partie: impôts ; factures d’eau, d’électricité et de téléphone ; location SIC ; frais d’hôtel; scolarité dans les Lycées et les Universités ; frais d’hôpitaux publics; bière ; ciment ; tôles ; huile ; transport ferroviaire et CAMERCO, etc.

Par osmose, ce pouvoir d’achat s’étendra à tous les biens locaux, car les Camerounais ne verront aucune difficulté à prendre et à utiliser un argent qui donne accès à tant de biens stratégiques. Mais vous ne pouvez jamais utiliser cet argent pour acheter un bonbon chinois, ni un kilo de riz thaïlandais, car il ne sort jamais.

Les effets immédiats de cette mesure sont l’augmentation de la liquidité du système, sans les inconvénients du CFA qui a tendance à sortir et donc, à aggraver la maladie. Plutôt que de rechercher les crédits en CFA qui vont s’évaporer en quelques mois, ou de maintenir le système non liquide, la binarisation permet de maintenir le pouvoir d’achat tout en l’orientant vers la production locale. Il s’agit très clairement de dire aux Camerounais qu’ils ont un choix : soit ils seront contraints de réduire leur pouvoir d’achat, de gré ou de force, soit ils acceptent de maintenir ce pouvoir d’achat et même de l’augmenter, mais en l’orientant préférentiellement vers les biens qu’eux-mêmes fabriquent.

 

Concrètement, cela signifie quoi ?

A commencer, sur le champ, à réduire le salaire des agents publics en CFA, en y substituant progressivement la Monnaie-Trésor, jusqu’à ce que celle-ci représente 25% de la masse monétaire globale du système. Et il faut leur expliquer que c’est le seul moyen d’éviter la baisse nominale des salaires et la compression des effectifs.

La binarisation crée un système d’échange local qui assouplit l’excessive dépendance du Cameroun vis-à-vis des importations. Elle fournit au Gouvernement un instrument d’une politique budgétaire plus stable, d’une politique monétaire d’un type nouveau, actuellement impossible par notre encastrement dans le CFA et une politique commerciale qui n’existe plus à la suite de nos engagements vis-à-vis de l’OMC et les divers accords comme les APE.

C’est une mesure absolue sans laquelle il n’y a même pas de débat sur la sortie définitive de la crise systémique qui frappe le Cameroun. Toute seconde qu’on passe sans recourir à cette solution ne fait qu’aggraver le risque d’écroulement du système: en réalité, le Cameroun est dans la situation d’un homme mordu par une vipère, et alors qu’un médecin compétent demande de lui injecter immédiatement le sérum, des imposteurs appellent à des prières sur la Bible ou évoquent des gris-gris. A un moment, cela devient trop tard, et il se fait tard, désespérément tard.

Pour en finir avec la binarisation, je rappelle que la Grèce, face à la même situation, a recouru à l’émission massive des bons d’achat, et c’est cela qui lui a donné un bol d’air, face aux oukases du FMI et de l’Union Européenne.

La binarisation n’est pas un programme économique, mais un instrument qui modifie l’écosystème. C’est un peu comme si on irriguait un espace désertique : l’irrigation donne la possibilité de cultiver de manière utile, mais elle ne suffit pas ! Il faut maintenant créer des plantations.

Ce sont ces plantations qui constituent le programme économique. La première chose à faire est de mettre un bémol à l’investissement massif des Grands Projets. Ces investissements doivent aller progressivement, car non seulement ils créent une grave lésion sur la balance courante et la capacité d’endettement, mais ils participent de la logique des programmes dits manchots qui mettent plus l’accent sur la création du revenu, sans se préoccuper de la manière dont le revenu sera utilisé. Or, si vous générez un revenu qui ne trouve pas une offre locale, ce revenu est déversé massivement à l’extérieur en achats de biens manufacturés, ce qui déséquilibre le système productif.

C’est une politique vaniteuse, inspirée par l’orgueil et l’ignorance, et qu’il faut absolument limiter. La bonne démarche consiste à mettre l’accent sur la production des biens d’usage courant vers lesquels les Camerounais accourent quand ils ont eu l’argent. C’est le marché qu’il faut commencer à conquérir: on n’a pas idée d’abandonner le marché local réel des assiettes, des cure-dents et des cuillers pour aller chercher des marchés spéculatifs au Vanuatu, au Népal ou aux Iles Fidji. 

Et pour cela, il y a un grand nombre de mesures portant autant sur le renforcement du système productif que sur les débouchés. S’agissant particulièrement des débouchés de la production nationale, on devra s’appuyer sur trois principaux mécanismes qui viendront amplifier l’effet captif de la binarisation: 

1. La commande publique : le premier client d’une production nationale est l’Etat lui-même. Les ressources de l’Etat viennent pour l’essentiel des prélèvements effectués sur les producteurs nationaux et non étrangers. En s’approvisionnement auprès d’eux et non auprès des étrangers, l’Etat ne fait que leur restituer les impôts qu’il leur a pris, tout en leur fournissant plus de moyens pour les payer davantage. C’est une simple exigence d’équité et d’efficacité. 

Du fait de son caractère massif et concentré, la commande publique représente le premier instrument utilisé dans tous les pays du monde pour lancer de grands champions nationaux et soutenir le tissu industriel national ; notamment lorsqu’il n’a pas encore acquis une taille lui permettant d’avoir des marchés à l’étranger.   

Assez bizarrement, la commande publique est trop souvent absente des débats relatifs à la compétitivité au Cameroun. Les pouvoirs adjudicateurs abordent trop souvent l’achat public sous ses dimensions administrative et comptable, sans réelle vision stratégique. Cette ignorance fait passer l’économie nationale à côté de belles opportunités.

 

2. La mise en place d’un Réseau Commercial Dédié : Les PME et les artisans locaux ne produisent que pour vendre à une clientèle qui leur est géographiquement proche. C’est ainsi que les menuisiers et les tailleurs ne vendent que dans leurs lieux d’implantation, ce qui bloque leurs perspectives d’extension. A contrario, la production étrangère bénéficie de puissants réseaux commerciaux internationaux qui diffusent leurs produits dans tous les coins de la planète. 

L’une des mesures centrales pour une compétitivité accrue de notre production est donc la création d’un réseau commercial spécifique, adapté à de petites productions correspondant à nos artisans et nos PME/PMI. C’est l’objectif assigné au Réseau Commercial Dédié.

Une telle structure, créée sous la forme d’une coopérative de distribution, pourrait ainsi développer des mécanismes de développement de marchés captifs tels que la vente à crédits (sur le modèles Société d’équipement), la commande publique ou le respect de la norme, ainsi que des services collectifs coûteux comme la publicité, l’information, etc. Ce réseau pourrait également s’étendre à l’étranger en utilisant la diaspora.

3. Les actes de préférence nationale: ils regroupent tous les actes symboliques dont la finalité est d’orienter la consommation vers la production nationale. On peut citer :

-la consommation ostentatoire des produits locaux par les élites qui joue un rôle d’entrainement ;

-des journées spéciales dédiées : par exemple, la journée de la femme, avec port des tenues locales qui entraînent la production ; la Journée de la production locale ;

-les campagnes de promotion de la production locale ;

-le développement des associations de nationalisme économique.

  

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1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire Bmega Dieudonné Laurent jeudi, 13 juillet 2017 07:43 Posté par Bmega Dieudonné Laurent

    A cause de cet article.
    comment s'abonner en payant cash.
    j'ai horreur de la monnaie electronique

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