INTEGRATION

Vous êtes ici : Accueil Panorama Roger Nkodo Dang: «Nous avons besoin de 28 signatures»
Intgration.jpg Philpa.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-650x91.jpg bandeau.jpg

Roger Nkodo Dang: «Nous avons besoin de 28 signatures»

Écrit par  Muriel Capitoline Elomo, en Afrique du Sud

Le président du Parlement panafricain (Pap) revient sur les grands thèmes en débat lors de la dernière session de l’institution.

Depuis la mi-mai à Midrand (Afrique du Sud), le rideau est tombé sur les travaux de la 4e session ordinaire du Parlement panafricain. A l’heure du bilan, il est de bon ton de reconnaître que le panier est plein ; eu égard 09 projets adoptés en plénière. L’esprit de ces textes consacre globalement l’intégration des peuples à travers le continent. C’est le cas du projet de résolution de la création d’un forum parlementaire africain sur le commerce, les douanes et la migration; du projet de résolution sur la libre circulation des personnes en Afrique et le passeport africain ; la résolution sur le secteur des transports en Afrique ; la résolution sur l’élaboration d’une loi-type africaine sur la police et de traités-type d’assistance mutuelle pour une coopération entre les services de police en Afrique. 

On comprend donc que de retour au Cameroun le 06 juin 2017, Roger Nkodo Dang ait engagé auprès des autorités parlementaires camerounaises un lobbying pour la tenue à Yaoundé, en août prochain,  d’une rencontre d’envergure sur le thème de l’intégration. Parce que l’Afrique est en quête d’une diversification économique pour une croissance durable, l’objectif des assises est de savoir avec quelle démarche, avec quelles compétences doit-on aborder ladite problématique. Pour convaincre les uns et les autres, le président du Pap a sa réponse, utilisée comme leitmotiv : «Les fils du continent doivent adopter une dynamique basée sur la synergie et la complémentarité pour mutualiser leurs moyens. Et cela passe par l’intégration politique, économique et sociale».

 

Monsieur le président du Parlement panafricain, quel bilan faites-vous de cette 4e session ordinaire du Parlement panafricain tenue du 08 au 19 mai 2017 ? 

Je voudrais tout d’abord remercier les présidents du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabore et du Malawi, Peter Mutharika, qui m’ont fait l’immense l’honneur de participer à cette session qui était axée sur le thème: «Tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse». La présence de ces deux chefs d’Etat avait également pour but d’inciter tous les pays membres du Pap, à signer et à ratifier le Protocole de Malabo pour pouvoir donner au Pap, un plein pouvoir législatif. 

 

Pourquoi avoir placé la jeunesse au centre des débats de cette 4e session ordinaire du Parlement panafricain ? 

La jeunesse est très importante. Mais son sort est très préoccupant. Elle constitue 60% de la population en Afrique des moins de 35 ans. Mais malheureusement, ces jeunes sont confrontés à plusieurs difficultés à l’instar du non emploi ou du sous-emploi, de l’exode rural entre autres. Plusieurs jeunes n’ont pas eu accès à l’école. Nous devons les amener à s’intéresser à l’agriculture et à tous les projets structurants mis en place par nos Etats. Comme l’a dit le président du Malawi, les jeunes sont frustrés et ne s’intéressent pas à la politique. La pauvreté et le chômage chez les jeunes peuvent conduire à la guerre civile et à l’instabilité de l’Afrique. Cela peut les rendre vulnérables et les exposer à une violence extrémiste et à la destruction. Et nous ne pouvons pas le permettre car c’est une mission commune. 

 

Où en est-on avec le passeport africain ? 

Le passeport africain est une décision des chefs d’Etat prise lors du Sommet de Kigali au Rwanda. Il avait donc été convenu que ce passeport sera d’abord remis aux chefs d’Etat et ça été fait. Dans une moindre mesure, il sera remis aux présidents et aux organes de l’Union africaine, aux hommes d’affaires et à la totalité des populations africaines. Nous, les parlementaires, disposons d’un passeport qui n’est pas totalement différent de ce que j’avais pu mettre en circulation. Vous savez que le problème de l’Afrique est lié aux recettes que tirent certains Etats sur l’établissement des passeports. Il faudrait que chaque pays expérimente cette décision qui est une décision continentale. Ainsi, les Etats vont décider soit d’accélérer le processus de l’établissement du passeport panafricain ou africain, soit d’attendre un peu. C’est une décision politique et nous verrons comment cela va évoluer. 

 

Le principe de la rotation va-t-il être finalement adopté au sein du Pap ?

En ce qui concerne la rotation au sein de la présidence du Pap, vous avez constaté que cette question a beaucoup passionné les parlementaires et qu’il y a une certaine fébrilité. Cette fébrilité est due au fait que le président en poste du Pap que je suis, fais des efforts qui font craindre ceux qui pensent qu’ils peuvent le remplacer. Mais cela est anti constitutionnel et montre que notre parlement est vivant. Une motion avait été déposée sur cette question et j’aurai pu simplement la rejeter parce que lors du sommet de Malabo, les chefs d’Etat avaient adopté et révisé le nouveau protocole du Pap. Et à l’article 12 de ce protocole, les chefs d’Etat avaient déjà accepté le principe de rotation. Si on met en avant les normes juridiques, le protocole a primauté sur la motion de la Chambre. Nous faisons des motions pour juste avoir des cas de principe. Maintenant nous devons chercher les modalités liées à cette rotation et nous ne pouvons pas le faire si nous ne ratifions pas le protocole de Malabo. Nous ne pouvons pas encore utiliser les dispositions d’un protocole qui n’a pas encore été mis en œuvre. Nous reprochons à nos chefs d’Etat de réviser les constitutions pour se représenter aux élections présidentielles; mais nous faisons la même chose. Cette attitude n’est ni diplomatique, ni politique et ni démocratique. Mais nous avons écouté les points de vue de tous les parlementaires. En démocratie, on est jugé par les urnes et non par les textes. Même si nous mettons la rotation aujourd’hui en place, les compteurs seront mis à zéro parce que tout le monde veut compétir. La question va être portée à l’attention de l’Union africaine. 

 

Quelles sont les réformes de l’UA à l’endroit du Pap ?

Le Pap a été admis comme un organe à réformer parce que son fonctionnement est lourd. Depuis 13 ans qu’il existe, il reste un organe consultatif. Non seulement les Etats continuent à payer doublement les contributions exigibles à l’UA, mais aussi les contributions des membres qui viennent assister aux travaux sont grandes. Le budget du Pap est énorme et peut servir à autre chose; car si chaque pays envoie 5 délégués pour venir siéger en Afrique du Sud, on prend les avantages donnés par le pays hôte, de même que le budget qu’on déduit de l’UA. C’est la raison pour laquelle, je pense que la révision du Pap pourrait l’aider à jouer un certain rôle en attendant de jouer le rôle législatif. Et même, il y a des prérogatives qui sont dévolues au Pap en termes de vote du budget, de missions-clés, de faire la plaidoirie auprès des Etats-parties pour la ratification de certains instruments juridiques. Je pense donc que la réforme va alléger le fonctionnement actuel du Pap et cela va inciter les Etats à accélérer la ratification des différents instruments juridiques.

 

Qu’est-ce qui fait problème à la ratification du protocole de Malabo et comment évaluez-vous les efforts des parlementaires pour que ce protocole soit ratifié ? 

Nous devons évaluer l’impulsion faite par les députés du Pap. Car ils doivent être ceux-là qui font la promotion de la ratification du Protocole de Malabo. Mais comme vous l’avez constaté, les gens dévient ce protocole qui n’est pas encore ratifié par les différents Etats. Ce protocole avait été adopté en 2014 et il avait été dit qu’en 2017, ce protocole devait entrer en vigueur. Aujourd’hui, il n’y a que cinq pays qui ont signé, ratifié ce protocole et déposé les instruments juridiques, pendant que 14 au total n’ont que signé ledit protocole alors que nous avons besoin de 28 signatures. Et on se pose la question de savoir quel est le rôle que jouent les parlementaires dans leurs différents pays, au regard du retard qu’accuse la ratification dudit protocole. En tant que président du Pap, je fais le tour des Etats africains. Et c’est quand j’arrive dans leurs pays qu’ils se mobilisent alors qu’ils devraient le faire à l’avance. J’ai été indexé par les parlementaires qui ont dit que mon pays, le Cameroun, traîne à ratifier le protocole de Malabo. Ils ont voulu en plénière, qu’on communique les noms des pays qui n’ont pas encore ratifié ce protocole. Chacun connaît la position de son pays par rapport à ce protocole. Et c’est mon devoir de rendre compte à mon pays de ce que cette question est d’actualité. Parmi les pays ayant signé et ratifié le protocole de Malabo, il y a la Sierra Léone. Et les médias de ce pays ont joué un rôle déterminant pour inciter le gouvernement à ratifier ledit protocole. On ne peut pas prendre une décision au niveau continental, mettre les organes en place pour les fragiliser par la suite. Tant qu’on n’aura pas le pouvoir tel que défini dans l’article 1a, 1b, et l’article 2 du nouveau protocole, nous n’allons pas avancer. Et j’ai été très surpris de ce que mes collègues se soient uniquement intéressés à l’article 12 qui évoque la rotation au sein de la présidence du Pap. Le plus important consiste d’abord à obtenir le pouvoir législatif. On ne doit pas aller vite en besogne. 

 

Pourquoi avoir accordé le statut d’observateur à la Palestine qui n’est pas un membre de l’UA ?

Nous n’avons pas voulu créer d’incident dans la mesure où, la Palestine est membre de l’UA. A ce titre, elle assiste aux différents sommets de l’UA auprès des chefs d’Etat et son président prend une part active. Bien que les Etats aient des positions différentes, nous ne pouvons pas, en tant qu’organe de l’UA, refuser ce statut dans la mesure où, le règlement intérieur du Pap stipule qu’on peut accorder le statut d’observateur aux parlements non africains. Nous lui avons accordé ce statut pour nous conformer à ce que cette entité cherche à avoir un nom.

 

Quel est le statut réel du Pap en ce moment ? 

La mission du Pap n’a pas encore commencé parce que jusqu’à présent, nous sommes un organe consultatif. Nous ne pouvons pas nous mesurer au parlement européen qui prend des décisions qui ont force de loi. Quand le Pap a été mis en place, on lui a accordé le droit de superviser les élections. Mais son indépendance  vis-à-vis des Etats a créé des problèmes au point où, l’Union africaine a repris le volet des élections qui fait partie du contrôle de la démocratie dans nos Etats. Non seulement les progrès n’ont pas été obtenus comme on l’aurait voulu, mais il y a aujourd’hui, le problème lié à la charte africaine de la démocratie et des élections. La charte est entrée en vigueur mais ça n’empêche pas les Etats de réviser les constitutions. On n’impose pas aux pays ce qu’ils doivent faire, mais on leur demande de respecter ce qui est écrit dans leurs constitutions. Nous n’avons pas encore une force législative donnant des sanctions comme l’Union européenne. Mais au Pap, nous menons des missions conjointes avec l’UA mais il n’y a aucun rapport à la fin de la mission. Cela pousse à se demander quel est l’impact sur nos Etats. Il faudrait donc que le Pap fasse seul, ses missions d’observations, pour mieux faire la promotion de la démocratie et de l’Etat de droit. 

 

Que peut faire le Pap pour promouvoir les médias ? 

Les médias jouent un grand rôle dans la vie des nations. Et le Pap promeut toutes les lois régissant ce secteur. Pour assurer la liberté de tous les journalistes, il faudrait qu’on ait un code de conduite car ne sera appelé journaliste que celui qui sera reconnu comme tel. Il y a beaucoup de dérapage aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Et nous appelons chacun au professionnalisme. Cela revient à parler des annexes à l’accord de siège et ce n’est pas le Pap qui fournit ces facilités. C’est le pays hôte qui doit fournir l’internet à haut débit. Mais à chacune de nos réunions nous débattons de la révision des annexes à l’accord de siège pour qu’on ait une connexion internet de qualité. 

 

Interview réalisée par Muriel Capitoline Elomo, en Afrique du Sud

 

Lu 28 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

-01.jpg -02.jpg -03.jpg -04.jpg -05.jpg -06.jpg -07.jpg -08.jpg -09.jpg -10.jpg -11.jpg -12.jpg Deutsche_Welle_Logo.jpg FB_IMG-664x469.jpg Insert-Eneo-Recrute-664x469.jpg Pub p12-664x469.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-664x469.jpg insert-Araucaria-2016-664x469.jpg

Nous contacter

    • Journal Intégration

    • Adresse :

      Quartier Nkomkana, Immeuble Diane

      (face station service Total)

    • BP : 33 266 Yaoundé-Cameroun

    • Tél : +237 676 203 709

              +237 699 931 042

              +237 243 296 303

    • Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

                  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Vous êtes ici : Home Panorama Roger Nkodo Dang: «Nous avons besoin de 28 signatures»