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Appui aux PME : des mesures ciblées pour des difficultés ciblées

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

Pour faire face aux désordres créés par Boko Haram, les modestes structures économiques  locales doivent être soutenues au plus vite.

« Mes employés et moi-même tirons le diable par la queue chaque jour. En dépit du cachet que nous avons perçu dans le cadre du PACD/PME, ça ne roule pas comme avant la guerre». Affalé dans un petit canapé, Ousseni Kandela suggère de la pitié dans sa façon de capter l’air du temps. «Depuis deux ans et demi, c’est sec, sec… sec ! », marmonne le jeune originaire de Kousseri. Il a tous les talents, sauf celui d’avoir pu trouver un bon emplacement dans la ville. Cachée par la grande mosquée de Maroua, sa boutique atelier fait figure de pépite incongrue dans une rue minuscule où personne ne va plus. Dedans, un capharnaüm gigantesque règne : les murs croulent sous le poids des sacs, de vieilles cuirasses, des kilomètres d’agates, des liasses de peau de bêtes, des kilos d’améthystes, des parures, du corail fossilisé. «C’est ici que nous tuons la journée; tout mon fonds de roulement s’est envolé au plus fort de la guerre. Nous n’avions plus aucun client alors qu’on faisait des recettes de 8 millions de francs CFA par mois rien qu’à partir de la vente des chaussures», lance-t-il au milieu de ses employés. Ces derniers ne travaillent pas plus vite qu’au Moyen Age. Le temps ici ne s’est pas accéléré. Aucune machine high-tech n’a remplacé les techniques ancestrales. L’unique pièce qui existe rechigne à démarrer. «Là, je suis incapable de remettre mon matériel en état de fonctionnement… C’est dur !  Si je pouvais seulement avoir un crédit consistant !», souffle-t-il désespérément. 

 

Renouveau

Le crédit, c’est la seule perfusion pour la  maroquinerie d’Ousseni Kandela. Comme pour beaucoup d’autres artisans de l’Extrême-nord, le « renouveau » des PME semble suspendu à cela.  Sur le sujet, les experts sont d’ailleurs unanimes.  «Le dynamisme des PME de la région restera faible tant qu’aucune d’entre-elles ne recevra pas de bol d’air financier. C’est le seul remède pour la relance de l’économie post-Boko Haram », théorise le Dr Eloge Mougang. Il pense qu’à ce jour, le crédit aux PME artisanales représente une part faible dans les bilans des banques locales. Cela est vrai. Selon des statistiques de l’antenne régionale de la Chambre de Commerce, des Mines, de l’Industrie et de l’Artisanat (CCMIA) de l’Extrême-nord, l’encours total des prêts aux entreprises représentait à peine 5 % et l’encours des prêts aux PME artisanales à peine 0,1 % en juin 2014. «Cette situation explique le ralentissement des activités des PME au plus fort de la guerre dans la région. Aucune d’entre-elles ne pouvait se targuer une montée en puissance de ses activités de marché», explique l’économiste.

 

Potentiel

«Un demi-millier d'entreprises, un chiffre d'affaires global de 30 milliards de francs CFA et 100 000 embauches en 2010, les artisans constituent le moteur de l'économie de la région. Avec leurs matériaux uniques au monde, 89 % d’entre eux se disent confiants dans l'avenir de leur métier au vu de la nouvelle expansion des marchés». Venue du PNUD, la démonstration du potentiel du secteur de l’artisanat résume tout. Les calculs présentés suggèrent un besoin supplémentaire de 10 à 15  milliards de francs CFA de demande de crédit  pour faire face au désordre laissé par les terroristes.

 

Opportunité

Diversifier les sources de financement des PME artisanales ? «L’artisanat dans l’Extrême-nord est un gros marché dans lequel peuvent se risquer les acteurs de développement et des autres marchés financiers». C’est la ritournelle à la Délégation régionale des Petites et Moyennes entreprises, de l’Economie sociale et l’Artisanat de l’Extrême-nord. Dans l’institution, l’artisanat d’art est au cœur d’un enjeu politique majeur. «Dans le contexte d’un système bancaire probablement plus prudent, les pouvoirs publics tendent la main aux partenaires internationaux pour relancer la filière», appuie Adamou Mohamadou, le délégué régional. 

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