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Enrichissement illicite: Quand la misère trahit l’ulcère

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou
Le président tchadien a pris la peine de mettre en garde ses compatriotes Le président tchadien a pris la peine de mettre en garde ses compatriotes

Selon des observateurs, dans la sous-région, le discours musclé contre le fléau intervient souvent lors des moments de vaches maigres.

De l’insouciance à l’effroi

Abus de biens sociaux, conflits d’intérêt, prises illégales d’intérêts, prédation des ressources publiques… Des enquêtes, on en parlaient pas quand les ressources (le pétrole notamment) empêchaient de se donner du tournis sur les réserves de change. «Des indépendances à la fin des années 80, ces enquêtes-là ont été cachées. En Afrique centrale, elles ont été cachées sous des moquettes officielles. Les dirigeants des pays de cette sous-région ressassaient le manque de preuves aux citoyens», lit-on dans le N° 679 du journal Afrique-Asie. «On puisait en toute impunité, l’addiction à la triche était la chose la mieux partagée. De bout en bout, le mot même de rigueur était banni dans cet espace», y lit-on encore. Que certains, au Cameroun, au Gabon, au Congo, au Tchad, en Guinée Equatoriale ou en République Centrafricaine vivent depuis trente ans au-dessus de leurs moyens, quelques cassandres le criaient dans le désert. 

Et puis soudain, c’est la panade. Le pétrole, sévèrement tarifié sur le marché international se vend mal. A l’insouciance a succédé l’effroi.  Les alarmes viennent de partout : l’Afrique centrale vit dans la peine ces derniers temps. Elle reste suspendue aux soins intensifs des argentiers de Brettons Wood. 

Ruse de l'Histoire ! La voici condamnée à parler publiquement d’enrichissement illicite. «C’est le désastre qui enfante souvent des vérités». Chez les peuples bantous, on le sait. Au Cameroun, c’est l’«Epervier» qui est chargé de nettoyer les écuries de détournements de deniers publics enfouies sous plusieurs années d'incurie. Au Gabon, le mal encrasse tout le pays et a poussé Ali Bongo Ondimba à jeter des gens en prison. Au Congo et en Guinée Equatoriale, le timide appareillage politico-juridique semble ne rien dire à certains. Au Tchad, Idriss Deby Itno a dévoilé son programme: la traque des nouveaux-riches. De quoi prédire que la chronique dans ce pays-là va bientôt s’écrire en lettres de feu.

 

«Alors que la prévarication a atteint son firmament, l'enrichissement illicite est visible à N'Djamena et à l'extérieur comme l'attestent les villas cousues qui poussent comme des champignons». Devant un auditoire fourni par l'essentiel de ce que Ndjamena compte comme officiels, Idriss Deby Itno est sans détour ce 10 mars 2017. Ce jour, le chef de l’Etat tchadien tient «un discours». Le thème est en rupture avec la tonalité généralement observée dans le cadre de la célébration de la journée nationale de la paix, de la cohabitation pacifique et de la concorde. On n’avait pas fini de s’attarder sur cette posture (pour le moins inhabituelle) qu’une autre série s’enfonçait dans les esprits. «Tous les prédateurs de la République doivent comprendre que leurs actes ne resteront pas impunis. Chacun doit apprendre à vivre avec son salaire. Chacun doit justifier ses biens et la loi sera appliquée dans toute sa vigueur. Chaque fonctionnaire doit justifier ses biens et son patrimoine par rapport à son salaire sinon ils seront rétrocédés aux caisses de l'Etat. Pour ceux qui pensent que mon propos sera sans suite, ils vont bientôt se rendre à l'évidence. La loi sera appliquée dans toute sa rigueur, dans toute sa force et dans toute sa plénitude», assène le président tchadien, au pouvoir depuis décembre 1990. La suite du discours présidentiel souligne le rapport entre ses paroles de fer et le contexte économique. «La crise financière actuelle nous commande une plus grande maîtrise de nos charges et une discipline budgétaire rigoureuse», avance Idriss Deby Itno. 

Dans le rétroviseur, on s’aperçoit qu’en 2012 (année au cours de laquelle un rapport du Programme des Nations unies pour le développement  avait classé le Tchad comme le quatrième pays le moins développé au monde en lui attribuant un indice de développement humain de 0,395), le dirigeant tchadien avait tenu un tel langage. «Le prix du baril à cette date-là se situait en deçà de 40 euros. C’était la crise ! Tant et si bien qu’en mai 2012, Idriss Déby lance une vaste opération anti-corruption dans le pays, baptisée Opération Cobra. Le but était de sécuriser les circuits de recettes et de dépenses et de contrôler les procédures de préparation, de passation et d'exécution des marchés publics. Quand la situation s’est quelque peu embellie et que  la croissance du pays en 2015 caracolait à 7,6 % selon le FMI, on a oublié tout. Autant dire que c’est un discours qui intervient concomitamment avec la récession», déballe, dans les colonnes de Le Monde Diplomatique Kourdia Maleh, économiste tchadien. 

Les années 1970 apportent un véritable pactole avec l'envolée des cours et de la production, ce qui permet une politique de grands travaux  dans le pays. À l'inverse, en 1985, une chute des cours du pétrole conjugée à celle des taux de change du dollar fait « chuter les recettes budgétaires de l’État de 58 % entre 1985 et 1987. Cette crise économique s’accompagne de troubles sociaux qui amènent une rénovation politique, notamment l'instauration du multipartisme, en 1990. «C’est à partir de là que Bongo-père se réveille et met en garde les prévaricateurs des caisses publiques», renseigne le Figaro du 28 avril 2008.  

En 2009, en plus de la disparition de Omar Bongo (42 ans au pouvoir), une autre crise économique s’abat sur le Gabon. Ali Bongo Ondimba (successeur de son père) a chargé son conseiller et bras droit, Maixent Accrombessi, d’étudier les modes de corruption du pays, et de mettre en place un système permettant d’y remédier. En a résulté la stratégie nationale de lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent, validée en 2013. En Février dernier, à Libreville, un atelier organisé à l’endroit des agents publics, des personnalités du secteur privé et des acteurs de la société civile a servi à réaffirmer et clarifier les objectifs, les règles et les principes directeurs de la stratégie nationale de lutte contre l’enrichissement illicite.

 

Epervier au Cameroun 

Au palais de l’Unité en 1987, au cours d’une interview au Eric Chinje (ancien journaliste à la télévision publique du pays) pose la question: «M. le président, à quand les sanctions contre la corruption et les détournements de deniers publics dans la Fonction publique?». Contre toute attente, Paul Biya lui demande : «Où sont les preuves?» Finalement, il faudra attendre près de 25 ans plus tard, pour que le même Paul Biya se rende à l’évidence. «Il est clair, admet le président de la République au cours de son adresse aux Camerounais le 31 décembre 2012, que les sommes importantes détournées auraient pu contribuer à l’amélioration de son sort [la population camerounaise, Ndlr] dans les domaines de l’éducation ou de la santé. Combien d’écoles, de centres de santé, d’adductions d’eau aurait-on pu construire avec cet argent détourné !» De l’avis de certains, entre 1987 et 2012, le président camerounais a dû faire face à la crise économique. «Avec la crise qui se déclare en 1985, sanctionnée par la dévaluation du Franc CFA en 1994, le gouvernement entreprend des mesures de relance économique et réalise, avec l’appui des bailleurs de fonds, des programmes de stabilisation et d’ajustement structurel qui ont entraîné la mise en veilleuse des réflexions sur le moyen et le long terme», soutenait Garga Haman Adji dans une interview sur les antennes de BBC en 2006. La même année, sous la pression des bailleurs de fonds internationaux, Ephraïm Inoni (alors Premier ministre)  lançait L'Opération Épervier.  Selon  Garga Haman Adji, «c’est la rareté des ressources qui a permis à cet oiseau de déployer ses ailes au-dessus de la cour des prévaricateurs». 

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