INTEGRATION

Vous êtes ici : Accueil Panorama Contre-enquête Capital-risque: Le Minepat veut sortir la SNI du jeu
Intgration.jpg Philpa.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-650x91.jpg bandeau.jpg

Capital-risque: Le Minepat veut sortir la SNI du jeu

Écrit par  Aboudi Ottou

Les responsables de ce ministère estiment que la Société nationale d’investissement du Cameroun s’est montrée jusqu’ici peu efficace en la matière.

Ce 27 janvier 2017, en exposant la nouvelle politique que le ministère camerounais de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) souhaite implémenter en matière de promotion des entreprises conjointes ou coentreprises (entreprises qui s’allient en vue d’une mise en commun de leurs ressources, de leurs compétences et de leurs savoir-faire), le directeur général de l’Economie et de la Programmation des investissements publics a fait dans l’euphémisme propre au fonctionnaire mais le message est passé: les actions menées par la Société nationale d’investissement (SNI) en la matière ne donne pas satisfaction. En créant la SNI en 1964, indique Isaac Tamba face à ses collègues des services centraux et déconcentrés, «l’idée du gouvernement était de prendre des participations dans des entreprises encore fragiles ou en difficultés, et de s’en retirer une fois qu’elles auront atteint un certain point d’équilibre. Mais force est de constater qu’elle l’a peu fait». Les exemples où la société que dirige Yaou Aïssatou depuis une quinzaine d’année s’est retirée d’une entreprise après l’avoir portée à un seuil de développement confortable sont pour le moins rares. 

Pour illustrer cette contre-performance, le DG de l’Economie affiche tableaux et graphiques. On y voit notamment que la courbe des investissements bruts cumulés suit une trajectoire opposée à celle des résultats nets globaux du portefeuille. Depuis 2013, ce résultat net est négatif. Ce qui traduit un appauvrissement de la SNI. Autre signe, l’industrialisation du pays qui était également visée lors de la création de la société publique est également en recul. Selon les chiffres du Gicam (Groupement inter-patronal du Cameroun), sur les deux dernières décennies, la valeur ajoutée de l’industrie est passée de 19 à 13%. Au sein de la SNI, les responsables sont d’ailleurs conscients du mauvais état de santé de ce portefeuille. Dans le plan d’action 2017 de la société validé le 13 décembre 2016, il est notamment «question d’assainir le portefeuille des participations et accroître le rendement global du portefeuille». 

 

Discordance 

Mais au Minepat, on envisage une option plus radicale. «Les exemples articulés sur le cas de la SNI, qui a matérialisé le volontarisme d’Etat  dans la politique des co-entreprises, justifient la nécessité de changer de paradigme, pour que la politique en vue en faveur des entreprises conjointes soit relativement plus modeste et bâtie sur le partenariat privé-privé, donc une approche plus micro, comparativement à l’approche méso observée à travers la SNI», expose Isaac Tamba. En d’autres termes, sortir la Société nationale d’investissement du jeu et abandonner la promotion des entreprises conjointes de type public-privé pour promouvoir les co-entreprises de type privé-privé.

Dans ce nouveau paradigme, le rôle de l’Etat devrait se limiter à créer un environnement favorable. Ce qui passe, selon le directeur général de l’Economie, par la réforme du code des marchés publics, l’opérationnalisation des zones économiques et du plan directeur d’investissements (Energie, TIC et Agro-industries) qui vient d’être adopté, la révision de la loi d’avril 2013 sur la promotion des investissements privés pour intégrer les co-entreprises. Pour sa part, le Minepat promet d’accorder «des appuis directs aux structures qui s’inscrivent dans cette politique».

Mais à bien y regarder, cette approche prônée par les services de Louis Paul Motaze se situe aux antipodes de l’orientation donnée actuellement à la réforme de la SNI. Le plan de restructuration en cours prévoit en effet de renforcer le rôle de l’entreprise publique comme société de capital-risque (mécanisme de financement consistant à prendre des participations dans des entreprises encore fragiles ou en difficultés, et de s’en retirer une fois qu’elles auront atteint un certain point d’équilibre). Selon l’économie de la réforme faite par Ernest Gbwaboubou, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, lors d’une conférence de presse le 29 décembre 2016, la SNI gèrera bientôt deux fonds d’investissement. L’un consacré au capital-risque et l’autre aux investissements dans les grands projets d’infrastructures lancés par le gouvernement. 

 

Résilience 

Certainement encore un autre signe de ce que Paul Biya a appelé dans son discours à la nation le 31 décembre 2014 «la difficulté que nous éprouvons à passer d’une économie où le rôle de l’Etat reste prédominant, à un  système plus libéral qui est désormais la règle». L’option libérale a pourtant encore été clairement affichée par le gouvernement dans son programme de stabilisation macroéconomique validé le 28 janvier en conseil de cabinet. Ce programme d’ajustement dicté par la crise économique que traversent en ce moment les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) positionne le secteur privé comme le levier de la croissance du pays pour les prochaines années.  

Le nouvel intérêt du gouvernement autour de la coentreprise se justifierait d’ailleurs par ce contexte: «les co-entreprises font davantage preuve de résilience. Cette tendance a été observée durant les crises financières de la dette latino-américaine des années 1980, la crise mexicaine de 1994/95, celles de 1997/98 et récemment, la crise des prêts hypothécaires à hauts risques (subprimes) de la fin des années 2000», explique-t-on au Minepat. Il faut donc développer le secteur privé par la promotion des entreprises conjointes, surtout que d’ordinaire, le taux de mortalité des entreprises est déjà élevé au Cameroun. Selon rapport 2016 du Camercap, plus de 7 entreprises nationales sur 10 créées de 2010 à 2015 n’ont pas survécu jusqu’en mai 2016. 

La promotion de la coentreprise se situe en droite ligne de politique de développement des champions nationaux également à la mode en ce moment au ministère de l’Economie. Ici, il est question de faire des entreprises qui affichent déjà leur caractère de champion (à l’instar du groupe Afriland dans le domaine bancaire ou de Biopharma dans le cosmétique) pour faire d’elles  les leaders de leur secteur respectif, si ce n’est les vitrines de l’économie du pays. Et souvent, expliquent les experts, cela passe par le regroupement en une seule entité des entreprises d’un même secteur.

Aboudi Ottou

 

Lu 203 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

-01.jpg -02.jpg -03.jpg -04.jpg -05.jpg -06.jpg -07.jpg -08.jpg -09.jpg -10.jpg -11.jpg -12.jpg Deutsche_Welle_Logo.jpg FB_IMG-664x469.jpg Insert-Eneo-Recrute-664x469.jpg Pub p12-664x469.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-664x469.jpg insert-Araucaria-2016-664x469.jpg

Nous contacter

    • Journal Intégration

    • Adresse :

      Quartier Nkomkana, Immeuble Diane

      (face station service Total)

    • BP : 33 266 Yaoundé-Cameroun

    • Tél : +237 676 203 709

              +237 699 931 042

              +237 243 296 303

    • Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

                  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Vous êtes ici : Home Panorama Contre-enquête Capital-risque: Le Minepat veut sortir la SNI du jeu