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Nkolbisson (Yaoundé):Farandole d’angoisse sur la colline

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

Dans ce quartier de la capitale, la vie s’organise désormais autour du voile rouge de la mort. Les populations ploient sous le diktat des braconniers érotiques et ésotériques.

Carrefour Tsimi, ce 13 août 2016, un groupe de sportifs du weekend se « revigore » dans une gargote. Au bout d’une table particulièrement peuplée de bières, un volubile malabar entretient l’ambiance. Il renseigne ses amis sur le constat qui est le sien. «Depuis qu’on a commencé à tuer les femmes ici à Nkolbisson, dit-il, je ne cesse de poster des photos de moi-même sur facebook. Personne ne dit rien. Je mendie même déjà la mention ‘’ J’aime’’». Avec un pic d’humour, l’homme  évoque, d’une pépite à l’autre, les horizons infinis de cette situation. « Pour qu’un mototaximan te transporte maintenant la nuit, c’est 1500 sur un kilomètre. La vie dans ce quartier fait finalement peur ! », souligne-t-il à haute voix. Entre temps, la vendeuse de bouillon ouvre un peu sa marmite pour laisser rependre dans l’atmosphère la senteur alléchante du trésor en gite dans la cocotte. Occasion pour l’homme  de rappeler une anecdote : « A Mimboman, quand on tuait les filles, on racontait que ces bouillons qui sentent trop bon ont quelque chose de suspect ». Suffisant pour suspendre la commande. Pendant que la commerçante noircit de colère, les regards s’intéressent plutôt aux gendarmes. Leur pick-up descend lentement vers un bas-fond. 

 

La mort partout

Ici, des enfants jouent. Leur périmètre ludique est désormais circonscrit par les parents. « On a peur pour nous-mêmes et nos enfants », glisse une mère. Quelqu’un dans le voisinage raconte  que cette zone marécageuse traîne depuis une triste réputation. Il décrit par exemple les moustiques qui se déplacent en nuages, les serpents d'eau en escouades. «On vivait comme çà malgré tout», indique-t-il. Hier si sereines, les populations sont aujourd’hui méfiantes, sur leurs gardes à chaque instant. «J’ai instruit à mes enfants de ne plus aller loin à cause de ce qu’on vit ici maintenant», confesse une mère. Ce qu’on vit ici maintenant, c’est la mort. Trois corps de femmes découverts depuis janvier 2016. Le quartier est traversé à la fois de soupçons de crimes rituels et d’histoires érotiques. 

 

Cadrage féminin

Si personne ne comprend toujours rien à ce mystère, la situation est davantage marquée par une gêne collective. « Nous sommes tous meurtris. Surtout que ces morts se recrutent parmi les gens que nous connaissions particulièrement », marmonne Félicité Abessolo. Cette «call-boxeuse»  ajoute que la série noire a imposé des changements. Surtout chez les femmes et les jeunes filles.  «La gent féminine est comme vidée par une mort qui n’en finit pas C’est insupportable, on se bat contre des tueurs. Je dois maintenant tout arrêter plus tôt et rentrer au plus vite ici», lâche-t-elle. 

Si l’envie de « sortir » reste repérable chez ses amies, elle ne prend plus corps depuis peu. Parce que en sortant pour essayer de rompre avec la monotonie, on risque se vendre soi-même aux  scélérats et aux gangsters qui rodent. Ailleurs, au lieu-dit «Banane-Bleue», des voix paniquées de jeunes filles répètent la même chose. En première ligne, celles qui  doivent parcourir des bosquets pour leurs domiciles respectifs. Pour celles-là, les choses ne sont guère faciles. «Pour partir de la route pour le chez nous, la moto me prend parfois 2 000 francs CFA, même en journée. La nuit, c’est pire !» confie l’une d’elles.  En seconde et dernière ligne, il y a les «bayam-sellams». Elles doivent se réveiller tôt et sans armes pour se protéger. «Maintenant, nous quittons en groupe pour aller au marché, c’est la seule chose !», argue Sidoine Bessama, la présidente des «Bayams-sellams de Nkolbisson». Née de fraîche date, cette association composée d’une quinzaine de dames, s’assure chaque jour que rien de fâcheux n’est arrivé à l’une d’elles ces jours-ci. «Cette idée a été inspirée au lendemain de l’assassinat d’une vendeuse d’avocats dans le quartier l’autre jour», renseigne la présidente.  

 

Actions

Dans ce grossier brouillard, des collectifs d’habitants se créent, publient des tracts qui accusent les étrangers et mototaximens de tous les maux (vols, agressions sexuelles, trafics d’organes humains) et appellent à des actions. «La situation que nous vivons est une dictature de ces gens», analyse Ferdinand Ekoumou, communicateur dans une ONG d’hygiène et de salubrité.  Son propos est d’ailleurs marqué du sceau d’une déception : «l’angélisme de l’Etat sur la sécurité publique, je n’y crois plus. Aussi avons-nous entrepris de marcher dès cette semaine sur la route de Ngoulemekong». 

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