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Assemblée nationale: Le «scandale Vodafone» préoccupe les députés

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

Les parlementaires veulent savoir par quels stratagèmes la firme britannique a pu lancer, en toute impunité, ses activités dans le pays.

Question de journaliste adressée à Antoine Pamboro: «Mr le directeur général de Vodafone, quel est le type de licence que vous exploitez ?» Le soupir de l’interviewé est à la dimension de son embarras à en parler franchement. Au finish, il lâche malgré lui qu’«il vaut mieux parler de titre transitoire plutôt que licence». La suite a pour théâtre l’un des halls du Hilton Hôtel de Yaoundé. Elle va se jouer en aparté entre les hommes de médias et l’ingénieur de télécommunications. A l’entame de l’échange,  l’originaire de Mindjil (département du Mayo-Kani dans l'Extrême-Nord  et transfuge de Camtel mobile) demande à ses interlocuteurs de «laisser cette affaire confidentielle». «Intéressez-vous aux 40 millions de dollars (près de 23,36 milliards de francs CFA) que nous avons engagés dans le cadre du déploiement d’un réseau ultra moderne d’offre internet dans le pays», recommande-t-il aux journalistes.  

 

Interrogations

Il n’en fallait pas plus que cette scène du 30 septembre 2016 pour comprendre les contours de l’installation de la firme britannique au Cameroun. «C’est l’objet  de nos préoccupations tant il est vrai qu’en dehors du nom de l’ex-directeur général de l’ART, d’autres gros noms du sérail circulent dans cette affaire. Il y a lieu de s’interroger», confie-t-on à la Commission des affaires économiques, de la programmation et de l'aménagement du territoire de l’hémicycle de Ngoa-Ekelle. Dans ce cercle, l’on n’exclut d’ailleurs pas la possibilité d’ouverture d’une enquête parlementaire sur le sujet, ce d’autant plus que la ministre des Postes et Télécommunications a ouvert la piste au sénat le 14 juin dernier. A cette occasion, Minette Libom Li Likeng avait notamment déclaré que «Vodafone Cameroun ne dispose d’aucun type de licence pour exercer en qualité d’opérateur de communication électronique».

Toujours à l’Assemblée nationale, les députés de la Commission citée supra disent avoir prêté une oreille aux actualités du Tribunal criminel spécial (TCS). Là-bas, renseignent les parlementaires, «les enquêteurs chargés du dossier ART (dans lequel est empêtré Jean-Louis Beh Mengue) ont obtenu des déclarations faisant état de pots-de-vin juteux pendant l’acquisition du titre transitoire détenu par Vodafone». 

 

Défi

A s’attarder sur d’autres indiscrétions relatives à ce que la Commission des affaires économiques, de la programmation et de l'aménagement du territoire appelle déjà le «scandale Vodafone», on comprend pourquoi celui-ci bouillonne dans les couloirs de l’Assemblée nationale. «On a entendu la Minpostel dire avoir instruit une mise en demeure à Vodafone. Cette entreprise ne s’est pas conformée à cela.  Elle a même continué son déploiement nonobstant sa parfaite connaissance du décret du Premier ministre du 14 juin 2012, fixant les modalités d’établissement et/ou d’exploitation des réseaux et de fourniture des services de communications électroniques au Cameroun. Cela sonne comme un défi aux autorités de la République», analyse-t-on ici.

Aux dernières nouvelles, Antoine Pamboro et l’un de ses collaborateurs ont fait l’objet d’une recherche judiciaire. Ils ont été libérés sur ordre du procureur de la République de Douala-Bonanjo le 17 juin dernier.

Pour mémoire, c’est le 08 janvier 2015 que Vodafone a obtenu de l’ART un titre transitoire. Grâce à un accord de franchise conclu avec la société Northwave Sarl, détenue à 100% par Afrimax Group, cette entreprise commercialise depuis presqu’un an les services de 4G LTE dans les villes de Yaoundé et Douala, qui représentent à elles seules plus de 80% du marché des télécoms au Cameroun. Comme justificatif à cette démarche, l’ART justifiait la délivrance de ces «titres transitoires» par «l’absence d’un certain nombre de textes, notamment celui fixant les droits d’entrée et de renouvellement des licences», d’une part, et par «le souci de ne pas bloquer ce segment de marché dont les acteurs participent à l’essor de l’économie numérique» d’autre part.

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