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Le « made in Cameroon » toujours en vitrine

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou, envoyé spécial

Grâce aux artisans de l’Extrême-nord, le Cameroun des traditions et des innovations fait mentir tous les jours les prophètes de malheur.

«Faire le voyage de l’Extrême-nord du Cameroun, il y a déjà du bon au cours de la randonnée». En séjour dans cette partie du pays en juin dernier, Najat Rochdi s’en est délectée. «Avec les  métiers de la main et l’audace qu’ils suggèrent, on ne risque plus tellement l’ennui là-bas», a déclaré la Coordinatrice résidente du système des Nations unies au Cameroun. C'est pourquoi on est en droit de parler de rêve ou de modèle de l’Extrême-nord camerounais.

 

Ils ont gardé la main

Le secret de la survie des artisans ici, c'est sans doute qu'ils sont dans le sens de l'Histoire. Ils ont même quelques temps d'avance. «Boko Haram a certes saccagé les paysages, asphyxié le commerce de quartier, démotivé les touristes, vidé les centres-villes, les artisans de la région ont cultivé l'identité et la continuité avec un vrai métier», reconnaît Mahamat Chérif, Point focal de la Fondation Inter Progress à l’Extrême-nord. Encore que s’ils se sentent patraques, ces temps-ci, ce n'est certainement pas leur faute, au contraire. «Ils restent les premiers entrepreneurs de la région, loin devant les mastodontes de la grande distribution, et ils se portent aujourd'hui beaucoup mieux qu'il y a quelques années». Cela augure une bonne nouvelle: «En Afrique australe, au Maghreb, dans tous les pays d’Afrique centrale, au Japon, aux Etats-Unis, les clients nous sont restés très fidèles. Tous reviennent peu à peu parce que nous avons un label unique», se réjouit Adamou Mohamadou, le délégué régional des Petites et Moyennes entreprises, de l’Economie sociale et l’Artisanat de l’Extrême-nord. L’énumération prouve que les artisans méritent bien de la patrie : grâce à eux, le Cameroun des traditions et des innovations fait mentir tous les jours les prophètes de malheur; grâce à eux, le ciel de l’Extrême-nord s'éclaire, même quand on nous dit qu'il est sombre...

 

Spécificités

Maintenir un savoir-faire rare, actionner des machines d'un autre temps. «C’est la vie de l’artisan ici après des siècles», dit fièrement Yaouba Bouba. L’enseignant d’anthropologie à l’Institut du Sahel (Université de Maroua) exalte surtout le développement durable dans toute sa splendeur. Il a raison. Ici, les matières premières sont toutes naturelles et propres à cet espace géographique étendu sur 34 263 km². «Ils ont le Tapay (une race bovine élevée uniquement dans le Mayo Tsanaga et nulle part ailleurs dans le monde, NDLR) pour un cuir de qualité, la terre et des pierres précieuses. De fait, entre leurs mains artisanales  naissent des objets soignés qui font le bonheur d’une clientèle mondiale. Lors des derniers défilés en Inde, en France et au Mali, les mannequins portaient des vestes rehaussées de perles multicolores confectionnées dans leurs ateliers», brandit Yaouba Bouba.

 

Ouverture

Des artisans qui exportent? L'idée peut sembler saugrenue quand on évoque ces rois de la proximité. Et pourtant... Ceux de l’Extrême-nord veulent à nouveau s’imposer. «Actuellement, l'export est le fait d'artisans qui ont investi certaines niches, qui disposent de savoir-faire rares et qui témoignent d'un sens de l'innovation hors du commun», analyse Adamou Mohamadou. On pourrait croire que ces artisans ont la folie des grandeurs. Il n'en est rien. Car au fond, ceux d’ici ont les mêmes soucis que d’autres groupes du même type: ils doivent trouver des débouchés et l'export peut leur en offrir. «C’est le problème, tranche Adamou Mohamadou. Seuls deux entreprises artisanales sur cinq vendent à l'international». «Une entreprise étrangère vient chercher à Maroua ou à Mokolo une solution à un besoin spécifique qu'elle ne trouve pas ailleurs», relève Mahamat Chérif. C'est dire combien ce qui est fabriqué dans l’Extrême-nord du Cameroun est reconnu… Et se double d’un halo de prestige. 


Bataille économique

Après le coup d’arrêt brutal imposé par Boko Haram, l’artisanat se remet peu à peu dans l’Extrême-nord du Cameroun.

Comme toujours, nous autres journalistes, obsédés par les trains qui n'arrivent pas à l'heure, nous nous intéressons plus au Cameroun qui mouline ses malheurs chaque jour dans les médias. Il y a pourtant un Cameroun heureux : celui de l’artisanat. 1 million de francs CFA échangés en une seule soirée chez Oumarou Abdoulaye à Domayo le 24 septembre 2016… Pour l’achat d’une robe brodée à la main.  Le 25 août 2016 à Maroua, 4 000 000 de francs CFA entraient dans la poche de Aladji Guirbani, pour un vase artisanal… A première vue, à coups de ces enchères spectaculaires, les artisans de L’Extrême-nord semblent  ignorer les difficultés du monde. Il n’en a pas fallu davantage pour que les médias répercutent des déclarations proclamant que ce négoce avait «dépassé l’insécurité», voire qu’il en serait comme par enchantement «déconnecté». Tout n’est pas faux néanmoins, dans ce jeu d’ombres. A Maroua et ses environs, où après un passage difficile, les antiquaires ont poussé un soupir de soulagement, grâce aux achats contractés par les clients venus d’Europe, d’Amérique et d’Asie. Significativement, les plus beaux succès depuis trois ans. On peut le comprendre : le secteur de l’artisanat était pris dans un phénomène de ciseaux. Avec le terrorisme, l’écart n’a cessé de se creuser entre les clients et leurs marchands, la grande majorité des artisans et galeristes se débattant toujours avec une situation difficile. Les effets cumulés de l’insécurité ont  stoppé la pratique des cadeaux d'œuvres d'art.  Dr Eloge Mougang, professeur d’économie artisanale à l’université de Maroua, confirme le redressement du marché global, après l’épisode Boko Haram: «Le marché a repris presque 2% cette année. Il y a lieu d’espérer qu’avec le retour du calme, il va retrouver son record historique des années lointaines. L’insécurité est un épisode qui commence à se faire oublier». Il s’agit pour l’artisanat de la région de renouer avec son glorieux passé. Au début des années 80, Maroua était réputée dans toute l’Afrique (et dans le monde) pour ses nombreux ateliers de confection d’articles de fantaisie. Victimes de Boko Haram, la plupart ont fermé au cours des deux dernières années. Le terme « fabriqué à Maroua» a été galvaudé, le label a pris un sérieux coup. Aujourd’hui porté par des associations locales de promotion de l’artisanat et une politique nationale de valorisation de l’artisanat, le sourire renaît. L’optimisme affiche son élégance dans les allées du Centre artisanal de Maroua. Son activité semble revivre. Autrement dit, en termes réels, il y a un peu de fric dans les caisses des promoteurs des PME artisanales. «Il y a seulement un an, personne n’aurait imaginé que notre maison redeviendrait parmi les plus actives à Maroua», souligne Oumarou Abdoulaye. En Juin 2016,  son entreprise a ouvert sa première vente en solo sur le continent, proposant pagnes et linges aux nouveaux riches d’Afrique de l’Ouest. Deux mois plus tard, associée à un partenaire local, elle a choisi Pékin pour faire de même. L’Extrême-nord est bel et bien prêt à se refaire une beauté. En priorité pour les beaux yeux de son énorme marché intérieur (quelques 10 millions d’acheteurs potentiels) et plus précisément de la classe moyenne grossissante, sachant que la clientèle masculine serait autant demandeuse que la féminine : «Avec la paix et une revalorisation sensible du pouvoir d’achat, les attentes des consommateurs augmentent», pointe Dr Eloge Mougang. De quoi envisager une juteuse progression qui ne profiterait pas qu’aux leaders actuels du marché installés à Maroua. Ceux des autres départements de l’Extrême-nord attendent renouer avec la prospérité. Ceci en dépit des difficultés réelles. 

Jean-René Meva’a Amougou, envoyé spécial

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